lundi 4 février 2013

Pourmenâde avè les fabulisses walons : Willy Chaufoureau

Willy Chaufoureau (1925-2004)

Franz Dewandelaer fonde en 1943 le Théâtre Wallon Nivellois et il fait appel à un étudiant parmi d’autres, Willy Chaufoureau, animateur d’un cercle de jeunes à l’Athénée.   Il le met en confiance, l’encourage et le jeune Chaufoureau, de vieille souche aclote s’oriente alors vers les activités dialectales sous toutes leurs formes et s’engage dans différents mouvements culturels dialectaux.

Comme acteur depuis 1943 il prête son concours à plusieurs cercles dramatiques notamment « Les XIII » dont il sera le président de 1960 à 2004.  Il anime également des cabarets wallons et des soirées récréatives.

Il participe aux lauriers glanés par les « XIII », Le Challenge Émile Van Cutsem en 1960, la Coupe du Roi Albert en 1962… 

Poète, fabuliste, conteur et dramaturge, il est président de la Fédération Wallonne du Brabant depuis 1964 et président de l’Union Nationale des Fédérations Wallonnes.
Impossible de détailler tous les titres, médailles et palmes qu’il s’est vu remettre.
Trois de ses pièces ont obtenu le premier prix et ont été imposées aux finalistes du concours national pour l’attribution du Grand Prix du Roi Albert.


         photo fournie par Mr Chapelle


Ses activités, son dévouement inconditionnel à la défense et à l’illustration de notre wallon l’ont amené à devenir en 1974 professeur de langue et littérature wallonnes au sein de l’Académie de musique.

Le Rif Tout Dju lui a rendu hommage dans son numéro de décembre 2004.

Monsieur Chapelle poursuit avec passion les cours de wallon pour lesquels il produit régulièrement des petits livrets et des CD qui font découvrir des auteurs wallons connus ou moins connus.  C’est d’ailleurs d’un de ses livrets Fables et poèmes de Willy Chaufoureau et de ses anciens élèves du Cours de wallon qu’est extraite la fable ci-dessous (p. 9) :

L’agace èyè ’l lumçon (1947)

« Èt bin, mossieû ’l lumçon, vos m’viyîz stoumakéye
Dè cî vos rincontrer au mitan d’èm pièrcéye !»
Dinsi pârloût l’agace in fzant des îs tout ronds,
Yè tout in fronchant ’s cu, èle dèmande au Lumçon :
– « Bin   comint ç’què ça s’fét qu’vos stez d´djà dins ’l tièstur´
Quand nin    pus târd qu’ayêr, vos stîz co sul patur´ ?
Vos n’vérez tout d’minme nin  m’ramadjî sins minti
Qu’vos n’avez nin  prins ’l tram pou ariver sk’à cî ? »

« Scoutez, disst-i ’l lumçon, in rdrèssant ses deûs coûnes,
C’est boun què dj’vos conès dèspû què dj’sûs tout djoûne,
Ou bin  dj’vos rèspondroûs, tout cour´, ça n’vos rgârde nin
Puskè vos avez l’ér dè m’ fé passer pou rin ;
Mins mi, les coumarâdes c’est nin  des manches dè brouches,
Ètou, djè vas vos l’dire, doûcî intrè deûs couches,
N’faut nin yèsse foûrt malin pou fé çu qu’dj’ai là fét,
C’èsst´ in m’trin.nant dsu ’m vinte què dj’vins cî d’ariver !»

Èt bin, à tout rwétî, dins ’s vîye-cî, c’est tout come,
Èy’à ’m n-idéye, les bièsses èrchènont foûrt les omes ;
Combin ç’qu’o n’d’in vwèt nin, des cyins, l’eûre d’audjoûrdu
Qu’ont seû fé du lumçon dins ’l monde des parvènus !
I faut pacoû s’raumi pou gangnî ses târtines,
Mins vaut co mieu suwer qu’dè s’trin.ner dsu ’s boudine !


La pie et le limaçon.

« Eh bien, monsieur le limaçon, vous me voyez estomaquée (étonnée)
De vous rencontrer ici au milieu de ma charpente ! ».
Ainsi parlait la pie en faisant des yeux tout ronds,
Et tout en fronçant son derrière, elle demande au limaçon :
– « Eh bien comment cela se fait-il que vous êtes déjà dans la ramure
Quand pas plus tard qu'hier, vous étiez encore sur la prairie ?
Vous ne viendrez tout de même pas me ramager (raconter) sans mentir
Que vous n'avez pas pris le tram pour arriver jusqu'ici ? ».

« Écoutez, dit le limaçon, en redressant ses deux cornes,
C'est bon que je vous connais depuis que je suis tout jeune,
Ou je vous répondrais, tout court, cela ne vous regarde pas
Puisque vous avez l'air de me faire passer pour rien ;
Mais moi, les camarades, ce ne sont pas des manches de brosses
Aussi, je vais vous le dire, ici entre deux branches,
Il ne faut pas être fort malin pour faire ce que j'ai fait là,
C'est en me traînant sur mon ventre que je viens d'arriver ici ! ».

Et bien, à tout regarder, dans cette vie, c'est tout comme,
Et à mon idée les animaux ressemblent fort aux hommes ;
Combien est-ce qu'on n'en voit pas (combien n'en voit-on pas), certains, à notre époque
Qui ont su faire du limaçon dans le monde des parvenus !
Il faut parfois se démener pour gagner ses tartines,
Mais il vaut encore mieux suer que de (devoir) se traîner sur sa boudine (sur son ventre) !

(Merci à Mr Chapelle pour sa vérification de la traduction et ses conseils !)

              
Ouvrage cité :
  


Fables et poèmes de Willy Chaufoureau et de ses anciens élèves du Cours de Wallon
Administration communale de Nivelles, 2011
Cote rangement : 8-1=401
 


Autres ouvrages de l’auteur :
-Alphonse Hanon de Louvet : chantre de Nivelles
 Rif Tout Dju, 1981
 (Cahiers nivellois ; 5)
 Cote rangement : 82

-César : comédie wallonne nivelloise en un acte
 [S.n], [S.d.]
 Cote rangement : 8-2=401

-Ene vwètur’ dè rinconte : pièche in-un ake
 [S.n], 1957
 Cote rangement : 8-2=401

-I n’a pus pon ; ye d’efant : comédie en un acte
 [S.n], 1964
 Cote rangement : 8-2=401

 -Mèchnâdjes d’avaur-ci : recueil de poésies wallonnes  
  Rif tout Dju, 1978
  (Cahiers nivellois ; 2)
  Cote rangement : 8-2=401

-On-èscape nin à ’s dèstinéye : pièche in-in ake
 [S.n], [S.d]
 Cote rangement : 8-2=401

-Tout n’va qu’d’ène fesse : revue franco-wallonne en 2 actes et 1 prologue
 Administration communale de Nivelles, 1977.
 Revue présentée par les cercles Royal les XIII et la Royale Nouvelle Gavotte.
 Cote rangement : 784.4(493.2)=40=401



                                                                             Photo Rif Tout Dju


2 commentaires:

  1. Intré les rojas.

    Nivelles, d'alentour,
    Tes rues nous enchantent,
    Ruelles, vieille tour,
    Charrue dans les sentes.

    Ton coeur bat au sommet
    D'un clocher si célèbre,
    Qu'un sonneur, désormais,
    A fâché les ténèbres.

    Matois, par sa musique,
    Il a charmé la sainte,
    Et ses toits historiques,
    Ont fermé ton enceinte
    Qu'une porte rappelle;
    T'aimer comme Willame,
    Forte de cent chapelles,
    D'armée aux fines lames,
    Quand le tocsin sonna
    Sur tes ruines, l'Aclote,
    Qu'à ton saint patronat,
    Héroïne palote,
    On vient épier l'espoir
    En revenant de France,
    A ses pieds, se rasseoir,
    Lui donnant nos souffrances.

    T'aimer comme Willy,
    Pa t'avau les lilas,
    Si ‘l boun dieu vût bî d’li,
    Là, intré ses rojas,

    Gary d'Els.
    In "Romances de Nivelles"

    A Willy Chaufoureau (1925-2004)

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