mardi 16 juillet 2013

La Bibliothèque centrale du Brabant wallon aux Journées des bouquinistes de Nivelles

La Bibliothèque publique centrale du Brabant wallon vous donne rendez-vous les dimanches 18 et 25 août de 10 à 18 heures pour les Journées des bouquinistes dans le cadre agréable du cloître de la Collégiale ainsi que dans la Salle des Mariages de l’Hôtel de Ville de Nivelles.

Nous vous y proposerons :
  • des ouvrages en wallon : pièces de théâtre anciennes, textes et études littéraires.. 
  • des ouvrages d’auteurs et d’éditeurs belges 
  • des livres d’histoire

 Pour plus d'infos sur les Journées des bouquinistes...

jeudi 11 juillet 2013

Pourmènade avé les fabulisses walons : Joseph Houziaux

 
Joseph Houziaux (1901-1969)

Joseph Houziaux voit le jour à Celles près de Dinant.
Professeur de langue française à l’Athénée royal de Rochefort, il a collaboré à diverses revues littéraires et pédagogiques.  Il est l’auteur de nombreuses œuvres dialectales et écrit notamment dans l’Arsouye, le Vers l’Avenir, les Cahiers wallons.




Dans l’intérêt de ses jeunes élèves, il imagine de composer des adaptations wallonnes des fables de Lafontaine.
Estimant utile de diffuser ce travail il publie en 1949 l’ouvrage :
On d’méye cint d’fauves da La Fontinne, tournèyes o patwès d’Cèles d’où est extraite la fable ci-dessous (page 19).  Il s’agit d’un recueil d’une cinquantaine de fables de La Fontaine adaptées en patois de Celles-sur-Lesse.  Il s’en dégage un fumet de campagne authentique et de parfum des choses d’antan…

Monsieur Lucien J. Heldé (sur son site http://www.lulucom.com) a longuement commenté les talents de fabuliste de Joseph Houziaux. 
Il a même transcrit à sa manière quelques unes des fables d’Houziaux en français et les a
comparées aux textes originaux de La Fontaine.  En voici un exemple :


Li Mwart et l’ovri d’bwes
 
On djoù, li vî Djôsef — c'esteuve on' ovrî d'bwès —
Rariveut bin réduit après l'vèspréye tote basse,

Li cougnie su si spale, en hèrtchant on grand fwè,
Li stomac' aux talons èt pus rin dins s'bèsace.

Il avisse on cul d'tchên-ne èt, come i n'è pleut pus, I fout t't'à fait al tère èt i s'lait tchêre dissus.


« Qué pôve mestî qui l'mîn-ne, Dist-i, causant tot seû. Faut-i donc tant rinde pwin-ne Po yèsse si malheureux ? Do djoû, c'est travayi ; dol chîje, c'est fè l'manadje.
Tant qui l'mére èsteut là po m'cûre on bon potadje, Mète des pèces à mes loques, ècrachi mes solès, Dj'aureus yeû twârt do m'plinde, ça poleut cor alè.
Mais dseûlè dins m'baraque !…
Putôt qu'do tant soufru, I gna ni crique ni craque, Vaureut co mia moru. »
Quand on z-a one mwaije fwin, i vos vint des vûsions : Divant li, tot d'on côp, i veut l'Mwârt astampée. « V'm'avoz hukè, dist-èle, c'est-t'à quéne ocâsion ?


Tot pèté, nosse Djôzef atrape one bèle souwéye « Bin… bin… bin… dist-i tot bèguiyant, 
Mi fa… fagot est pè… pèsant ; C' sèreut p0 m'ritchè… tchè… tchèrdji : Dj' n'èl pout nin là lêyi ! »  

Quand ça n'va nin tot drwèt, nos-èstans fin parèyes : A nos-ètinde tortos, nos nos foutans d' viké. Mais qui l'maladîye vègne ! Nos brûlans des tchandèyes Po plu, au pus abiye, rapici nosse paquèt.
La Mort et l’ouvrier des bois

Un jour, le vieux Joseph – c’était un ouvrier forestier
Revenait bien recru après la soirée bien entamée,
La cognée sur l’épaule, en portant un lourd
fardeau,
L’estomac dans les talons, et plus rien dans sa besace.
Il avise la souche d’un chêne, et comme il n’en peut plus, il jette tout part terre et se laisse choir dessus.

« Quel triste métier que le mien, dit-il, parlant tout seul.  Faut-il donc prendre tant de peine pour être si malheureux ?  Le jour, c’est travailler ; le soir, c’est faire le ménage.
Tant que la mère était là pour me faire cuire une bonne soupe, mettre des pièces à mes haillons, décrasser mes souliers, j’aurais tort de me plaindre, ça pouvait encore aller.
Mais esseulé dans ma chaumine !...
Plutôt que tant souffrir, il n’y a ni cric ni crac, il vaudrait mieux mourir. »
Quand on a une mauvaise faim, il vous vient des visions : Devant lui tout à coup, il voit la Mort se dresser.  « Vous m’avez appelée, dit-elle, c’est pour quelle raison ? »


Tout ébahi, notre Joseph attrape une belle suée « Bin… bin… bin… dit-il tout bégayant,
Mon fa… fagot est lou… lourd ; Ce serait pour m’en rechar… char… charger ; Je ne peux le laisser là. »


Quand cela ne va pas tout droit, nous sommes bien pareils : À nous entendre tous, nous nous fichons de vivre.  Mais que la maladie vienne !  Nous brulons des cierges, pour encore, au plus vite, reprendre notre fardeau.

              Traduction par Monsieur Lucien J. Heldé




 
    
La Mort et le Bûcheron, peint par Léon Lhermitte, 1893
© musée Jean de La Fontaine
 
Voici, à titre de comparaison le texte de La Fontaine… 

LA MORT ET LE BÛCHERON

Un pauvre bûcheron, tout couvert de ramée,
Sous le faix du fagot aussi bien que des ans
Gémissant et courbé, marchait à pas pesants,
Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée.

Enfin, n'en pouvant plus d'effort et de douleur,
Il met bas son fagot, il songe à son malheur.
Quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde ?
En est-il un plus pauvre en la machine ronde ?
Point de pain quelquefois et jamais de repos.
Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts,
Le créancier et la corvée
Lui font d'un malheureux la peinture achevée.


Il appelle la Mort ; elle vient sans tarder,
Lui demande ce qu'il faut faire.
«C'est, dit-il, afin de m'aider
A recharger ce bois ; tu ne tarderas guère .»

Le trépas vient tout guérir;
Mais ne bougeons d'où nous sommes :
Plutôt souffrir que mourir,
C'est la devise des hommes.



     Ouvrage cité :

-On d'méye-cint d'fauves da La Fontin-ne : toûrnéyes o patwès d'Cèles
 Namur : Vers l’Avenir, 1946
 Cote de rangement : 8-1=401