mardi 28 juillet 2015

Le wallon va-t-il disparaître ?



 
 ARNAUD LEFEBVRE · 27 JUIL. 2015

Dans un entretien accordé au journal Le Soir, Michel Francard, linguiste de l’UCL, propose un état des lieux de la pratique et de l’apprentissage du wallon. Selon le professeur de linguistique française, le wallon risque de disparaître. Michel Francard étudie la langue wallonne depuis longtemps. Selon lui, de nos jours, seuls 10% des Wallons l’utilisent encore fréquemment alors qu’il y a 100 ans, ils étaient 80% à parler le wallon. Cependant, ce chiffre repose sur des estimations réalisées à partir de diverses recherches et par conséquent, une proportion précise ne peut pas être donnée. Selon l’Unesco, 600.000 personnes en Wallonie parlent encore le wallon, nombre surestimé selon Michel Francard.
La zone linguistique du wallon s’étend de Thuin à Malmédy et de Wavre à Neufchâteau et comprend également Liège et Namur. De Mons à Tournai, c’est le picard qui est parlé. Dans le sud de la province du Luxembourg, on parle le gaumais et le champenois, la langue régionale la moins répandue, est parlé dans l’extrême-sud de la province de Namur, au sud de la Semois.
Actuellement, plusieurs initiatives récentes ont lieu. A Namur, un établissement scolaire offre des cours de wallon durant deux heures chaque semaine. Selon des estimations du quotidien L’Avenir, nombreuses seraient les personnes inscrites à des cours de wallon au sein de divers établissements et organisations. Mais l’existence du wallon est menacée car il manque d’initiatives structurelles officielles. Malgré le fait que le décret Féaux de 1981 représente une avancée afin de préserver la langue et sa pratique, le wallon ne semble pas être la priorité du secteur public. Ainsi, le financement fait défaut et la diversité des méthodes d’apprentissage complique la situation.
Michel Francard déplore le manque de données officielles concernant le nombre de locuteurs qui utilisent encore fréquemment le wallon, le picard mais aussi le gaumais. En outre, on ne dispose ni de recensement linguistique précis ni de recherche récente à large échelle, explique le chercheur. Malgré cette pénurie de données exactes et l’exagération des estimations de l’Unesco, Michel Francard estime que le nombre de locuteurs wallons serait de l’ordre de quelques centaines de milliers de personnes. Selon Francard, il y a environ dix ans, la quantité de jeunes Wallons qui avaient des contacts sporadiques avec la langue, lors de cours bénévoles ou par le biais de pièces de théâtre, n’était que d’une dizaine de pourcent. Michel Francard fait également remarquer que pour la première fois dans l’histoire des langues régionales du sud de la Belgique, celles-ci ne sont plus transmises de génération en génération. Dès lors, il s’agit d’une menace pour leur existence et la survie de la langue n’est possible que si des mesures volontaristes et structurelles sont décidées. Par ailleurs, les cours de wallon qui existent actuellement ne suffisent pas, il s’agit de projets isolés et leur nombre est restreint.
L’apprentissage du wallon et plus largement, des langues régionales, est important car ces dernières sont un vecteur de préservation de la culture, explique Michel Francard. Pour le linguiste, afin de savoir s’il existe un intérêt à rétablir un contact de proximité avec les langues de base de notre culture, il faut se demander si l’apprentissage du wallon serait bénéfique pour la société wallonne. Michel Francard souligne que la défense et la préservation des langues potentielles menacées sont fondamentales si des personnes les emploient encore. Dans le cas contraire, leur survie n’est pas cruciale, conclut le professeur de linguistique.

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