lundi 3 août 2015

Journal de guerre d'Édouard Parmentier : 3 août 1915



Mârdi 3 d’awouss 1915 

Il a in an : Ké bazâr dins ’l payi quand on a seû tout timpe au matin qu’les Allemands nos mètine poûce dèssu goûrdje pou yeûss passer par cî.
Ètou, i faloût vîr les visâdjes des djins. Is grincine leûs dints, leûs pougn´ s’èrsèrine dins leûs poches, mès on n’astoût nin abatu. Èl colére a fini pa nos monter al tièsse èyè dins d’aukeunès viles, les Allemands qui stine vènus cî s’incrachî s’d’ont rsintu ’l coup d’in démon. On leû z-a dbrijî leûs barakes èyè skèté leûs pifots.
Doûcî al vile, on sintoût ’l maleûr qui daloût nos tchér dsu les spales èyè, à tous les cwins des rûwes, il avoût des bindes dè djins qui dvizine dsu ç’qui daloût ariver. On n’povoût nin sondjî à résister lonmin avè no n-armée, mès on avoût du spwêr qu’les Français èyè l´z Anglais vérine bin râde nos dner in coup d’main. Dins tous les cwins, on foûrdjoût des plans d’campagne èy’il avoût tout spès d’jènèrâls qui splikine leû n-idéye. Les oficiers d’gârde civike astine dsu des tchaudès bréjes, n’ratindant qu’èl moumint d’moustrer à les cyins qui s’avine foutu d’yeûss, qu’is stine des gayârds d’asto prèsses à fé des cascognètes avè ’l promî Allemand qui âroût passé ’s gèzitche à les limites dèl vile.


Il y a un an : Quel branle-bas chez nous quand on apprit très tôt que les Allemands nous obligeaient à les laisser passer dans le pays.
Aussi, il fallait voir la figure des gens. Ils grinçaient des dents, leurs poings se serraient dans leurs poches. Mais on était loin d’être abattu. La colère a fini par nous monter à la tête et dans certaines villes, les Allemands qui étaient venus chez nous faire fortune s’en sont ressentis sérieusement. On a saccagé leurs maisons et brisé tous leurs meubles.
 Ici, à Nivelles, on prévoyait le malheur qui allait nous tomber dessus et, à tous les coins de rue, il y avait des groupes qui débattaient sur ce qui allait arriver. On ne pouvait pas penser résister longtemps avec notre armée, mais on espérait que les Français et les Anglais viendraient bien vite nous aider. Partout, on forgeait des plans de campagne et il y avait un tas de généraux qui expliquaient leurs plans. Les officiers de la garde civique étaient sur des braises brûlantes, n’attendant que le moment de montrer à tous ceux qui s’étaient moqués d’eux qu’ils étaient des gaillards prêts à abattre le premier Allemand qui montrerait le bout de son nez aux portes de la ville.

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